Yamaha YFZ
R6

Yamaha YZF
R6 ; rien que le nom impose le respect ! A l'arrêt,
la bête est courte, ramassée, agressive mais fluide.
On y est assis haut (petits s'abstenir), les commandes
sont très basses, le couple semble presque ridicule
et la puissance est perchée très haut dans les
tours, bref, elle annonce la couleur : il va y'avoir
du sport !!
Contact,
démarreur. Un
doux feulement se fait entendre… mais il est très
réactif à la moindre sollicitation de la poignée
de droite. Aucune consigne du vendeur qui s'en
retourne à ses papiers sur un " si tu veux remettre
un peu d'essence pour tourner plus longtemps,
vas-y et je te rembourserai ! ". Le premier 4
cylindre de ma (courte) vie de motard. Le plus
puissant jamais conduit. La première fois que
je monte sur une sportive !! J'appréhende
!!
Première,
je débraye sur un filet de gaz et je m'insinue
dans la circulation dense de la nationale 20 en
ce samedi après-midi ensoleillé. Deuxième, troisième,
" oups, je l'ai passé alors que j'étais à peine
à 7000 tr/min !! C'est limite en sous régime sur
une telle machine". L'habitude du V-twin conduit
à l'oreille sans doute. Poussons voir un peu plus.
Ca à l'air de pousser au delà, mais les files
de voitures m'incitent rapidement à la prudence
et à titiller les freins… surpuissants eux aussi
!!! Très dosable, très mordants mais progressifs.
Un régal !
La circulation
se fluidifie et j'ouvre un peu plus, pour tester
ce que vaut le
moteur. Jusqu'à
8000 tr/min, c'est plutôt gentil, très souple,
sans à-coups, très progressif, dosable, onctueux,
on enroule sans difficulté. De 8000 à 10000, ça
commence à accélérer de plus en plus fort, mais
toujours de façon assez linéaire. Jusqu'à 12000
tr/min, ça commence à tirer très fort et au-delà,
jusqu'au 14500 tr/min de la zone rouge, c'est
carrément l'explosion démoniaque ; le feulement
du 4 en ligne se mue en un hurlement strident,
en un souffle puissant, le paysage défile et semble
fondre sous l'effet de l'accélération hallucinante.
Ca décoiffe (même avec le casque !), ça pousse,
c'est terrible, incroyable !!! La roue avant semble
délester légèrement. J'en hurle dans mon casque
de bonheur !! La première tire 110 km/h à la zone
rouge, la deuxième 170 !!! Au-delà, j'ai arrêté
de scruter le compteur et plutôt regardé la bande
de bitume avalée goulûment par cette roue avant.
Je sais juste que la 6 n'est nécessaire qu'au-delà
de 220 km/h, que j'ai tiré un petit 245 et qu'il
en restait un peu (250 à 260 d'origine et 280km/h
en pointe débridée selon le vendeur !).
Plus étonnant encore que ces chiffres somme toute
normaux vu le rapport poids / puissance de l'engin,
c'est le comportement et la facilité de prise
en main de la bête qui surprend ; tout est parfaitement
dosable et linéaire. Il est aisé de remettre du
gaz en courbe, de freiner très fort… même après
seulement quelques kilomètres à son guidon. Seule
la mise sur l'angle qui nécessite un franc contre-braquage
et de bons appuis (technique peu pratiquée sur
mon SV) demande un peu d'habitude. Le frein arrière
qui n'est là que pour stabiliser la moto (et pas
la ralentir !!) est lui aussi difficilement dosable
(il est difficile de le sentir bloquer, même à
30 km/h !), mais il est à vrai dire pas très utile.
Le frein moteur est bien entendu inexistant (un
4'pattes quoi !), mais on ne fait de toute façon
que rétrograder pour reprendre des tours et repartir
de plus belle vers cette zone rouge… jouissive
!! Le frein avant est là pour stopper net ce missile
en puissance à la moindre caresse du levier.
Douce, légère,
prévenante à rythme cool (ce qui est toutefois
dur à tenir), l'animal devient rageur, vif, pointu
et exigeant pour les avant-bras dans les tours
et à la moindre sollicitation des freins ! Une
bête de piste tellement facile à prendre en main
que JE m'impressionne, elle m'impressionne !!
Même les courbes, dépassements, longues courbes
et freinages sont abordés avec fureur, la bave
aux lèvres. Plus rien ne me fait peur.
Seule la mise
sur l'angle me déçoit
un peu comparé à la maniabilité extraordinaire
de mon SV650.
Il faut pousser franchement du coté vers lequel
on souhaite tourner puis retenir le guidon tout
le long de la courbe avec fermeté. Rien ne semble
alors pouvoir perturber la trajectoire ; on est
sur un rail, comme vissé au sol et il suffit alors…
d'accélérer !!! Ca doit être ça le
sport.
Seules les routes bosselées du sud de l'Essonne
limitent mes ardeurs, la direction devenant floues
et mes fesses un peu trop sollicitées.
Les kilomètres
défilent (plus d'une centaine au total), je remets
un peu d'essence (qui me sera remboursée, bien
entendu) et une heure et demi après mon départ,
je reviens, trempé de sueur, les zygomatiques
collés aux oreilles, la visière du casque rendue
opaque par une purée de moucherons. J'ai la pèche,
je suis heureux, j'ai eut une révélation !!
Seuls défauts
(puisqu'il faut lui en trouver) ; la position
de conduite radicale mais qui ne m'a pas fatigué
pour autant (il faut dire que j'ai soigneusement
évité la ville et les bouchons), un frein arrière
difficile à doser, mais peu utile, un cadre un
peu proéminent au niveau des genoux sur les freinages,
une maniabilité limite en ville et une légère
post-combustion sur les longues décélérations
au passage des 8000 tr/min… bref, techniquement,
rien d'éliminatoire.
Personnellement,
je suis séduit, emballé, charmé par la douceur
et la facilité du fauve à bas régime (certes un
peu creux) et par son efficacité, sa vivacité
et les longues injections d'adrénaline pure jus
qu'il procure !!!
Le SV après ça ? Une position de pacha, une maniabilité
de vélo, un coup de pied au cul marqué et un vrai
caractère… mais un cruel manque de rigueur du
châssis et des performances tant au niveau du
moteur que des freins. Un échange ? Y'a pas photo,
je prends le R6… sauf peut-être pour le look un
peu trop passe-partout. Un ZX6R mod. 2002 (position
de conduite légèrement plus droite) ou un GSXR
600 (dans la même livrée que mon SV, en blanc
et bleu pour pas changer) alors…
Une chose
est sure, si un jour j'achète ce genre de monstre,
mon feu stop, vous le verrez (enfin) s'allumer…
loin devant vous, très loin devant !!! (c'est
beau l'espoir, hein !). Par contre, une telle
bête au quotidien, est-ce raisonnable ? Qui garderait
longtemps son permis avec ça ? Moi ? Franchement,
j'aimerai… mais mon portefeuille (9900 euros à
l'achat en neuf), mon assureur, mon dos et mes
avant-bras apprécieront-ils ?
Points
forts :