BMW
R1100S

Nuages, averses, éclaircies...
un vrai temps de mars. La dernière giboulée a laissé place
à un grand soleil et ça me décide finalement à aller chez
Sport Garage (concessionnaire BMW à Montlhéry) qui m'ont
invité pour leur journée porte ouverte, malgré ma mine
patibulaire mais presque de rôdeur à l'affût d'un essai
moto.
La concession à peine ouverte depuis 15 jours fleure bon
le luxe discret avec ses parquets, fontaine, mur en bambou
et plantes vertes. Ca et là trônent le nouveau R1200GS,
un K1200RS, un R1150R Rockster, un R850R, un R1150R,...
et un splendide R1100S bicolore jaune-gris !
A l'extérieur, un
petit groupe rentre d'un essai : c'est avec plaisir que
j'y aperçois un R1100S, non disponible auparavant à l'essai.
Un petit café pour patienter, signature du formulaire
de prêt. Mes accompagnateurs du jour (deux flics en civil
! Pourtant j'vous jure, j'ai rien fait !!) se remettent
de leur précédent essai (et de la giboulée de grêle qu'il
ont pris sur le coin du nez), et on y va. Enfin non, on
fait un détour par l'atelier (mais non, pas pour réparer
bande de mauvaises langue !) pour faire le plein.
La R1100S trône
magistralement sur le parking, dans une belle livrée
bleue sombre. Bras oscillant type mono-bras intégrant
le cardan, Paralever, Télélever, double
échappement sous la selle, moteur Boxer... toute
la technologie BMW sur une sportivo-GT méconnue
et peu courante.
Contact... démarreur
? Il est où le démarreur m'sieur l'agent ? Ah,
le tout petit bouton sur le dessus du commodos
de droite sur le levier de coupe circuit pas bien accessible,
ça doit être ça. Allumage des feux ? Il y'a bien le bouton
de phares et l'appel de phare mais rien pour les veilleuses
ou les codes. J'en conclus qu'ils doivent s'allumer tout
seuls. Les boutons clignotants ? Celui de droite à droite,
celui de gauche à gauche, juste sous le klaxon ("Tuuuuuuuuuut
!!!", Oups !), les warning sur le dessus du commodo
de gauche et un bouton de rappel de cligno en bas à droite,
plutôt mal foutu, car nécessitant une petite contorsion
du pouce. Côté tableau
de bord, rien de plus
classique (compteur, compte-tours et voyants), voire même
tristement minimaliste pour une BM (pas de jauge à essence,
ou de température, pas de poignées chauffantes, pas d’autoradio,
pas de clim…).
Contact, démarreur ! Le moteur
boxer s'ébroue instantanément,
exhalant une très discrète sonorité de deuche. Les vibrations
sont étonnamment bien filtrées mais le couple de renversement
bien sensible à la mise des gaz à l’arrêt, un petit hoquet
poussant irrémédiablement la moto sur sa droite.
Dé-béquillage (qu’elle
est loin devant cette béquille ! On se croirait sur un
custom !), première (« shclac ! ») et l’équipage s’élance.
Sortie du parking, remontée des files de voitures à un
rythme on ne peut plus prudent ; c’est qu’ils ont pas
leur gyro les deux là ;-). Le moteur est incroyablement
souple et doux à bas régime. Pas d’à-coup, pas le moindre
cognement, pas de remontée parasite provenant du cardan…
C’en est presque décevant, il n’y a rien à gérer. C’est
souple, lisse et policé… trop parfait quoi. D’un autre
coté, la prise en main est évidente, contrairement aux
commodos, certes logiquement disposés mais pas forcément
très facile d’accès.
Les rétroviseurs sont
loin devant, sur le dessus de la bulle et offrent une
assez bonne vision. Les bracelets pas spécialement bas
donnent une position légèrement basculée sur l’avant sans
que l’appui sur les poignets soit important (quoiqu’avec
le manque d’habitude). La selle
est large et confortable. La moto et ses 229kg tous pleins
faits se laisse agréablement manier avec son centre de
gravité bas placé. C’est loin du petit roadster comme
ma Raptor qui se jette à l’intérieur au moindre effleurement
du guidon, mais il n’est nul besoin de payer de sa personne
pour inscrire la belle en courbe. Le châssis semble sain.
Le freinage
avant comme arrière (sans ABS ni aide au freinage d’urgence
sur ce modèle) est puissant et bien dosable quoiqu’à mon
goût pas assez mordant pour un usage sportif. La suspension
avant Télélever filtre
agréablement les inégalités de la route, sans choc, sans
rudesse et permet surtout des freinages avec une étonnante
sensation de sécurité car sans écrasement de l’avant.
Le Paralever accouplé
au cardan joue aussi
son rôle à merveille, empêchant l’arrière de se lever
à l’accélération ou de s’écraser au rétrogradage, conservant
ainsi un comportement habituel pour tout utilisateur de
moto à transmission par chaîne ou courroie.
Le rythme de mes accompagnateurs
est hyper sage, coulé (ils doublent même pas sur les lignes
blanches !)… et je me laisserai presque bercer par le
confort et le doux ronronnement de flat-twin, limite déjà
déçu par le peu de sensations qu’il distille. Sortie de
village, route dégagée, mon escorte me lâche brusquement.
« Oh ! », « schclac ! » un rapport « BeeeeuuuuuUUUH !
» l’aiguille du compte-tour daigne enfin à s’affoler et
les quelques 98cv et 9,7mkg à se faire sentir. S’il est
lisse et onctueux pour un gros bi en bas, le boxer 1085cm3
à 4 soupapes par cylindre n’en rechigne pour autant pas
a aller chercher la zone rouge, semblant comme peu à peu
abandonner sa douceur de fonctionnement pour un caractère
plus affirmé (sauf niveau bruit, toujours décevant). La
rudesse du cardan refait même ses apparitions sur les
rétrogradages un peu appuyés. La boite
de vitesses est
un peu sèche, surtout au regard du confort de reste de
l'engin ; l’allonge moteur est toutefois appréciable et
évite d'avoir trop à en jouer.
Le compteur affiche bien vite des vitesses passibles d’un
passage par la case prison (m’en fout, ils sont flics
eux et moi j’dois suivre ! J’sais pas où on est) alors
que la protection aérodynamique
fait (pour un conducteur habitué aux roadsters
dépouillés) bien son effet : les pieds derrière les culasses,
les mains derrières les excroissances des clignotants,
le haut du casque à peine secoué par les turbulences.
C’est tout bonnement reposant et on pourrait presque cruiser
à ce rythme jusqu’au prochain passage à la pompe… alors
que mon ouvreur s’aplatit désespérément sur le réservoir
de son R1150R : 180, 190, 200 (sur l’autoroute allemande
des petits patelins de l’Essonne bien entendu) nez
dans la bulle : on ne sent rien. Le bruit du moteur est
complètement noyé dans le sifflement du vent, la moto
semble rivée au sol. On pourrait presque piquer un petit
somme… jusqu’au prochain freinage (bien à plat), enchaînement
de virages et de rond-points, remise des gaz.
La moto est finalement
assez vive pour une pseudo sportive et permet aisément
une correction de la trajectoire une fois sur l’angle.
Sans aller jusqu’à distiller un violent coup de pied au
cul, le couple finit par tirer sur les bras pour peu qu’on
violente un peu la poignée de droite. Les routes à peine
sèchantes incitent pourtant à la prudence et une bonne
averse met rapidement fin aux élucubrations. Plus la peine
de faire le malin avec une moto à plus de 12 000 euros
entre les mains. Bref, une bonne moto… une trop bonne
moto. On se croirait sur un rail à son guidon. Rien ne
vient perturber la tenue de route et le confort.
Aucun reproche à
en faire (si ce n’est le prix), mais du coup pas forcément
d’éloges époustouflées non plus à en faire sur si peu
de kilomètres. Je dirai même que ça manque de caractère,
de rugosité, de hargne, et de brutalité pour un gros bicylindre
pseudo-sportif… Peut-être pour dans 20 ans quand j’aurai
le cul tanné et le portefeuille bien rebondi ; ou alors
avec un bloc un peu tapé genre Boxer Cup.
Points
forts :