Mon premier stage de pilotage

Le 28 mai2004

Sommaire

Une fois n'est pas coutume, je ne vais pas présenter ici un évènement majeur dans le monde de la moto, un essais du tout dernier prototype de chez YamaZukonDa ou les photos d'une bande de potes... Cette fois, il s'agit de ma pomme, en égoïste, seul au guidon pour mon tout premier stage de piste : un grand moment de bonheur...

Photos prises par Christelle.

 


Bye bye...

 

Vendredi 28 mai, 6h05 du matin : « Dzing ouin tchacaboum boum… !!»
Mon vieux radio réveil crachote un air de pop rock distordu par la mauvaise réception du bazard. Un œil, deux yeux, un coup d’poing sur le bestiau et je suis réveillé, malgré une nuit un peu trop courte, rapport à… non, enfin, bref !
Cricri à plus de mal comme à l’accoutumée à émerger, mais ça va viendre ;-)

Levés, douchés, un petit déj’ un peu plus consistant qu’à l’habitude, j’enfile le pantalon de cuir full renforts (constatant avec joie que je boutonne les derniers boutons un peu mieux que la dernière fois) et un T-shirt de circonstances « Gaz à tout les étages ».
Un coup de lingette sur l’écran du casque, sac à dos chargé de l’indispensable du jour (appareil photo et caméscope), il est 6h45 et nous voilà près à partir… enfin, moi oui !

Passage à la pompe pour une rasade de sans plomb 95 et direction le circuit Carole… en ayant oublié de refaire la pression des pneus : benêt !
A6, A86, A3, A1, je slalome paisiblement entre les files de voitures qui commencent à s’entasser sur les voies express franciliennes. 35 minutes plus tard, nous voilà à Carole, en avance donc où déjà quelques motards patientent.
« C’est pour le stage ? »
« Ouais. Tu bosses chez Peugeot aussi ? »
« Euh… non, pourquoi ? C’est obligé ? Vous acceptez aussi la concurrence ? »
Apparemment, le CE Peugeot a profité de l’occasion du stage pour une petite sortie entre motards.
Tous arrivent peu à peu ; deux 1000 GSXR, trois ZX9R, TLR, 600CBR RR, Voxan Café Racer (qui roule !) , 1100GPZ (si ça existe), SV1000S, Speed Triple, 800 VFR, Hornet, SV650S, CB500, Diversion, 350 RDLV, Duke 2,…
Pour un peu, je me retrouvais avec le seul roadster et la moins puissante du lot ; mais après tout qu’importe, je me répète depuis 2 jours que je ne viens que pour apprendre et m’amuser, quitte à me traîner… tant que je ne fous pas Maïté au tas, tout ira bien !
Pourtant, la pression monte et le stress est un peu perceptible.

Arrivée des moniteurs « les paddocks c’est par là… à moins que vous ne vouliez retourner à l’auto-école », briefing de présentation du stage avec café et petits gâteaux. Consignes de sécurité, entrée et sortie de piste, zones d’exercices, puis pression des pneus pour tout le monde, vu que tous ont comme moi oublié de la faire ce matin et de l’adapter à un usage piste. Démontage des rétro, enfin, le gauche le droit tenant le bocal de liquide. Petit pipi de la peur, puis en piste !
Le fait beau et déjà relativement chaud, la piste vient d’être nettoyée, pas de soucis de grip ou de temps de chauffe des pneus en perspective.
Cricri va s’installer sur le circuit pour filmer et prendre quelques photos.

Toutes les motos alignées dans les paddocks on a droit à une démonstration en statique de la bonne position à avoir en courbe sur circuit ; le déhanché ! D’abord la tête et les épaules qui partent vers l’intérieur du virage, menton au dessus du poing, puis le bassin, à peine retenu par la cuisse extérieure sur la selle, dos droit, bras fléchis.
Effectivement et malgré mes tentatives multiples sur route (qui en ont fait rire plus d’un), je n’avais pas jusque là la bonne technique, loin de là. On passe donc tous à tour de rôle sur le SV650S (mais non on va pas te le faire tomber !) pour une mise en pratique à l’arrêt

Trois petits tours du petit circuit (le circuit standard privé du Golf et de Hôtel) derrière un ouvreur en SV650 préparé roadster cup, histoire de repérer un peu le tracé que je connais déjà un peu, puis on s’arrête tous au pif paf pour le premier exercice pratique. Un cône bien avant l’entrée du pif à partir duquel les freins doivent être lâchés, son bon rapport de boite enclenché, puis un deuxième cône quelques mètres plus loin pour se mettre en position, bien déhanché, juste avant l’entrée du virage.
Le groupe de 25 motos s’élance et je pars dans les derniers. Le Paf, la parabolique puis freinage 50 mètres avant le tracé normal pour repiquer dans le petit circuit à la sortie d’alpha, béta et le pif ; arrivée en troisième, on lâche les freins, on déhanche et hop, à la corde. Un tour, deux tour, puis je me retrouve au cul d’un groupe de moto un peu plus lentes qui me bouchonnent en peu sur la zone d’exercice. Le déhanché commence à bien rentrer, pas de remarque particulière du prof à mes passage et je sens que ça vient, que la moto tient aisément la corde et que finalement, avec une telle position, y’a moyen d’en remettre encore ! Passage suivant dans la parabolique, je tente l’extér’ ; j’en passe un au point de corde, puis un deuxième à la remise des gaz, un troisième au freinage du bout de ligne droite. « Ah les boulets ! » ; terrain dégagé, j’ai la place pour m’entraîner et augmenter peu à peu ma vitesse en entrée de pif, en sortie de paf, puis dans la parabolique !

Premier arrêt et briefing personnalisé ; « le Cagiva… ouais, bien, pas mal, accentue encore, exagère et c’est bon ». Oh, j’en suis sur le cul, j’y’arrive !
Le groupe est divisé en deux, les autres allant bosser sur l’épingle de l’Hôtel, pendant qu’on continue le pif, insistant cette fois sur le point de sortie du pif pour enchaîner sur le paf qui devient alors un simple virage à rayon constant t’entraînant en entrée de parabolique.
L’enchaînement droite gauche se fait de façon de plus en plus fluide, le rythme augmente progressivement et ça sent peu à peu l’arsouille ; on se laisse vite prendre au jeu et après quelques dépassements j’accroche la roue du 600 CBR RR qui me distance un peu en ligne droite mais que je rattrape au freinage (mais pourquoi ils freinent tous si tôt ?). Il angle bien le salaud et ses sliders tout juste sortis de l’emballage commencent à toucher. Si je le suis comme ça, je dois pas être mal non plus, mais mon guidon large m’empêche de déhancher plus étant presque bras extérieur tendu et commençant pourtant à faire toucher les bottes dans le raccordement du petit circuit ! Faut dire que j’ai encore du mal à trouver la bonne position du pied intérieur, mais au moins j’me marre.

Nouveau briefing et toujours rien de spécial à reprocher à ma position sur la moto (Yes !!!) quand d’autres se voient corriger sur une position trop en avant vu leur grande taille, un déhanchement des épaules et pas des fesses pour certains,… etc : commentaires, critiques et conseils personnalisé à chaque fois, Xavier Brichet le moniteur de notre groupe est un super pédagogue.

Cette fois, on prolonge encore l’exercice ; enchaînant la bonne trajectoire en sortie du paf sur la parabolique qui doit en fait se négocier comme un double droite ; on rentre un peu vite à l’extér’ mais sur le frein moteur, passant un premier point de corde au niveau le plus serré de la courbe, puis on se laisse un peu couler sur l’extérieur sous l’effet de la vitesse avant que la moto ne replonge d’elle-même à la corde sous l’effet de la perte de vitesse, puis gaz en grand dans ce qui ne semble alors plus être qu’une ligne droite.
Je repart cette fois au cul du Duke 2 et ce saligaud envoie plutôt pas mal, me tapant même un freinage version supermot’ sous le nez. On augmente le rythme, remontant sur un groupe d’attardés en GSXR et Zx9r ; mais qu’est ce qu’ils se traînent, on peut plus travailler tranquille ! ;-) Prochain passage, au diable la trajo idéale, c’est exter’ sur le Gex puis je plonge à la corde pour un inter’ sur le Kawa… Broooooaaaaa (la banane sous le casque en prime), le pif de retour sur Alpha, drapeau rouge, « déjà ? ».
Merde, le 600 CBR RR qui roulait si bien tout à l’heure vient de se mettre au tas dans le paf. Il se relève sans bobo quand je m’immobilise avec le reste du groupe sur la piste. Apparemment, il aurait raté son point de corde dans le pif arrivant large dans le paf, fortement sur l’angle et l’arrière aurait décroché, heureusement sans reprendre l’adhérence et sans high side. La moto s’est simplement couchée, carénage un peu râpé et sélecteur de vitesses cassé. Ca refroidit un peu !

On profite de l’arrêt pour un nouveau brief’ et pour échanger les groupes. On va cette fois travailler l’épingle de l’Hôtel. Cette fois, on arrive relativement vite, le temps de préparation est court, le virage est serré et la remise des gaz franche en sortie. Ligne droite des stands, petit gauche de raccordement, le Golf, re-ligne droite, gaz en grand, attrapage des freins à 200 !?!? Quoi, 200 mètres !?! Mais ils ont peur ou quoi ? Même en roulant comme un plomb à ma dernière séance ici, j’attrapais tout à 150 et là, on passe nettement mieux ; aspi, déboîtement en bout de ligne droite quand les feux stop s’allument, de bout sur les freins, on lâche, la tête et les épaules dehors, les fesses, à la corde sur un filet de gaz puis on redresse la moto en ouvrant en grand. Manquerait juste un drapeau bleu… mais le Gex que je suis (péniblement en ligne droite, aisément en courbe) sent ma présence en coupe un peu les gaz en sortie de courbe ma laissant prendre mes distances et mon rythme. Je suis de plus en plus à l’aise mais la fatigue se fait un peu sentir ; il est plus de midi et le soleil cogne dur sur le casque, tandis que le 600CBR RR reprend la piste après une réparation de fortune de son sélecteur.

Dernier briefing sur piste et constat quant à notre progression dans la matinée ; c’est indiscutable et mise à part quelques uns ayant un blocage physique à se mettre complètement à coté de la moto, on a tous progressé.
Personnellement, ma conduite est beaucoup plus fluide, moins saccadée et j’ai plus de marge de sécurité : mes pneus ne sont pas cette fois tous boulochés, mais bien attaqués, de manière bien uniforme.

C’est la fin des exercices et on nous lâche cette fois tous ensemble sur le grand circuit pour quelques tours de détente et d’arsouille ; le pif paf est fluide, la trajectoire dans la parabolique bien moins hasardeuse que dans le passé, l’Hôtel bien attaqué et avec une sortie généreusement sur les gaz ; c’est le grand pied !
Il reste 5 minutes à peine, mais je n’en peux plus ; trempé, fatigué, assoiffé et soumis à une pressente envie, je sors après quelques tours enchaîné bave aux lèvres : je me suis bien lâché, il ne s’agirai pas de se mettre au tas maintenant, surtout pas ! Un dernier tour « pour l’honneur » ;-) et je lève le bras quittant la piste aux étoiles. J’arrête là pour aujourd’hui, les bonnes choses ayant une faim, mieux vaut s’y résoudre que de s’y contraindre.

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